menu 2

Mes dernières chroniques

dimanche 20 juillet 2014

Le cycle des sept tome 2 : Le rituel - Nora Roberts




Cours.
Cette unique pensée s épanouit dans l’esprit de Fox telle une fleur de sang.








Le résumé:
Pour Fox, Caleb, Gage et tous les habitants de Hawkins Hollow, le chiffre 7 est de sinistre augure - depuis qu'enfants, ils ont libéré un démon en proclamant un pacte de sang sur la Pierre Païenne. A l'époque, leur innocent rituel déclencha sept jours de chaos qui, par la suite, se sont renouvelés tous les sept ans. Aujourd'hui, alors que le mois de juillet tant redouté approche, les trois hommes perçoivent déjà les signes avant-coureurs, harcelés par des visions de mort et de destruction. Fox a le pouvoir dans les esprits, un don de télépathie qu'il partage avec Layla. Il lui faudra gagner la confiance de la jeune femme, pour combattre les ténèbres qui menacent la ville.


L'extrait :
Depuis que trois adolescents ont mêlé leur sang sur l'autel de la Pierre Païenne et fait le serment de rester amis pour la vie, la petite ville de Hawkins Hollow est victime, tous les sept ans, de phénomènes paranormaux dévastateurs. Vingt et un an plus tard, aura lieu l'épreuve de force entre le Mal et les garçons devenus des hommes.

L'extrait :
Un crissement de pneus sur la chaussée lui fit vaguement relever le nez. Reconnaissant la voiture de Block Kholer, il jura entre ses dents avant même que ledit Block n’en descende avec un claquement de portière de sinistre augure.
— Sale petite ordure !
Block fondit sur lui, ses battoirs à viande serrés en deux poings menaçants, ses Wolverines pointure cinquante-deux battant le pavé.
« Et merde ! » se dit-il avant de lancer à voix haute :
— Laisse tomber, Block, et calme-toi.
Ils se connaissaient depuis le lycée, et l’espoir de le voir obtempérer était plutôt mince. Block était certes d’un naturel assez paisible, mais il pouvait entrer dans des colères noires et une fois remonté, malheur à celui qui tombait entre ses mains.
Bien décidé à ne pas être celui-là, Fox fit appel à son don de télépathie et parvint à esquiver le premier coup.
— Arrête, Block. Je suis l’avocat de Shelley, point final. Si ce n’était pas moi, ce serait un autre.
— À ce qu’y paraît, tu es plus que ça. Depuis combien de temps tu baises ma femme, espèce d’enfoiré ? i185Fox se baissa vivement, et Kholer rata une deuxième fois sa cible.
— Je n’ai jamais eu de relation de ce genre avec Shelley. Tu me connais, bon sang. Si c’est Napper qui t’a fourré cette idée dans la tête...
— Je me suis fait jeter de ma propre maison, fulmina Block, les yeux luisants de fureur, son cou de taureau congestionné. Je suis obligé d’aller chez Mae prendre mon petit-déjeuner. À cause de toi !
— Ce n’est pas moi qui avais la main dans le chemisier de ma belle-sœur.
« Parle-lui, c’est ton métier, s’encouragea Fox. Montre-toi persuasif et il va se calmer. »
— Ne me mets pas ça sur le dos, Block, reprit-il d’une voix posée, tandis que, d’un bond en arrière, il esquivait un nouveau coup de poing. Ne fais pas quelque chose que tu vas regretter.
— C’est toi qui vas regretter, mon salaud !
Fox était rapide, mais Block n’avait pas complètement perdu l’agilité qu’il possédait sur un terrain de football américain à l’époque du lycée ; il le faucha d’un seul élan. Fox heurta de tout son long la pente gazonnée qui bordait le trottoir  – et les pierres sous le lierre qui la recouvrait  –, puis glissa douloureusement sur les pavés, l’ancien défenseur enragé à califourchon sur lui.
Block pesait au moins vingt-cinq kilos de plus que lui  – du muscle pour l’essentiel. Cloué au sol, impuissant, Fox ne put éviter ni le direct décoché à bout portant en pleine face ni les petits coups épuisants qui s’abattaient en salves nourries sur son abdomen. La vision brouillée par la douleur, il entrevoyait le visage de Block déformé par une inexplicable folie teintée de panique.
Les pensées qui jaillissaient de son esprit étaient tout aussi démentes et meurtrières.
Fox sut ce qu’il lui restait à faire : oubliant toute règle de combat à la loyale, il visa les yeux, les doigts recourbés telles des serres. Comme Block hurlait, il frappa sa gorge exposée. Suffoquant, ce dernier desserra son emprise et Fox en profita pour lui asséner un coup de genou dans l’entrejambe, ajoutant quelques directs bien sentis au visage et à la gorge pour faire bonne mesure.
Cours. Cette unique pensée s épanouit dans l’esprit de Fox telle une fleur de sang. Il parvint à se dégager à force de contorsions, mais alors qu’il tentait de se relever, Block lui claqua la tête contre le trottoir. Il sentit comme un craquement à l’intérieur de son crâne, tandis que la botte à bout ferré de son assaillant lui martelait violemment le flanc. L’air lui manqua brusquement quand ses mains épaisses se refermèrent autour de sa gorge.
Meurs.
Étaient-ce les pensées de Block ou les siennes qui tourbillonnaient dans son cerveau hurlant de douleur ? Seule certitude, il sentait la vie lui échapper. Ses poumons en feu tentaient en vain d’inspirer un filet d’air et un voile rougeâtre obscurcissait sa vision déjà brouillée. Il rassembla ses dernières forces pour sonder l’esprit de cet homme dont il savait qu’il adorait les Redskins et les courses de stock-car, toujours prompt à sortir une blague salace, et de surcroît génie de la mécanique. Un homme assez stupide pour tromper sa femme avec sa belle-sœur.
Mais il ne retrouvait rien de cet homme chez le fou furieux qui semblait bien décidé à le tuer.
II ne vit bientôt plus qu’une immensité rouge, tel un océan de sang. Et sa propre mort.
La pression sur sa gorge se relâcha brutalement et son torse fut délesté de la masse qui l’écrasait. Il roula sur le flanc avec un haut-le-cœur et cracha du sang. En dépit du sifflement strident qui lui pillait les tympans, il perçut un appel lointain.
— O’Dell ! Fox ! Fox !
Un visage flou se matérialisa devant ses yeux. Étendu en travers du trottoir, savourant le contact de la pluie fraîche sur son visage meurtri, Fox reconnut, en triple exemplaire, le chef de la police Wayne Hawbaker.
— Ne bouge pas, ça vaut mieux, lui ordonna celui-ci. J’appelle une ambulance.
Pas mort, se dit Fox, même si les confins de son champ de vision étaient encore obscurcis par un voile rouge.
— Non, attends ! croassa-t-il en luttant pour s’asseoir. Pas d’ambulance.
— Tu es salement amoché.
Il avait un œil si gonflé qu’il ne pouvait plus l’ouvrir, il parvint cependant à fixer l’autre sur Wayne.
— Ça va aller. Où est passé Block ?
— Enfermé à l’arrière de ma voiture, menotté. Bon Dieu, Fox, j’ai presque dû l’assommer pour qu’il te lâche. Qu’est-ce qui s’est passé ?
Fox essuya sa bouche en sang.



L'extrait :
Sur les fils électriques qui surplombaient Main Street et Locust Avenue, des dizaines de corbeaux étaient perchés en rang d’oignons dans un silence absolu. Les ailes repliées sur leurs gros corps luisants, ils observaient. De l’autre côté de la chaussée, Layla les avait repérés elle aussi.
Résistant à l’envie de courir, il traversa la rue en quelques enjambées rapides et rejoignit la jeune femme pétrifiée sur le trottoir.
— Ils sont réels, murmura-t-elle. Au début, j’ai cru que ce n’était encore qu’une... mais non, ils sont bien réels.
Fox lui saisit le bras.
— On va faire demi-tour et se mettre à l’abri à l’intérieur. Après, on...
Un bruissement se fit entendre derrière lui. Aux yeux écarquillés de Layla, il comprit qu’il était trop tard.
Dans un concert de piaillements suraigus et de claquements d’ailes, la nuée d’oiseaux fondit sur eux avec la puissance d’une tornade. Fox poussa Layla dos contre le mur, puis au sol. Plaquant le visage de la jeune femme contre son torse, il l’enveloppa de ses bras et lui fit un rempart de son corps.
Une pluie de verre s’abattit autour de lui. Les crissements de pneus se mêlaient au fracas métallique des carrosseries qui se percutaient. Le martèlement de pas précipités ponctués de cris de panique lui résonnait aux oreilles. Avec une force sidérante, les corbeaux l’attaquaient en piqué, lacérant ses vêtements et transperçant son dos de leurs becs acérés. Les bruits d’impact mats et humides qu’il entendait étaient ceux des oiseaux heurtant le bitume après avoir percuté les murs et les vitres.
L’assaut ne dura guère plus d’une minute. Un enfant hurlait  – une seule longue note suraiguë après l’autre.
Le souffle court, Fox se redressa un peu afin que Layla puisse voir son visage.
— Reste ici.
— Tu saignes. Fox...
— Ne bouge pas, d’accord ?
Il se redressa. Au carrefour, trois voitures étaient entrées en collision. Leurs pare-brise étaient étoilés à l’endroit où les corbeaux les avaient percutés. Pare- chocs tordus, ailes cabossées, nota-t-il comme il s’approchait en courant. Les dégâts auraient pu être bien plus graves.
— Personne n’a rien ?
Plutôt que d’écouter les mots - « Vous avez vu ça ? Ils ont foncé droit sur ma voiture ! » -, Fox écouta avec ses sens. Nerfs à vif, petites coupures et ecchymoses, mais pas de blessures sérieuses. Il retourna auprès de Layla.
Le capharnaüm avait alerté commerçants et clients, qui étaient sortis dans la rue.
— J’ai jamais vu ça, ne cessait de répéter la serveuse de chez Maequi contemplait, effarée, la vitrine en miettes du petit restaurant.
Fox agrippa la main de Layla.
— Allons-y.
— On ne devrait pas plutôt aider ?
— Il n’y a rien à faire. Je te ramène chez toi, et nous préviendrons Caleb et Gage.
— Ta main, fit Layla avec un mélange de tension et de respect. Elle guérit déjà.
— Ça fait partie des avantages, répondit-il sombrement en l’entraînant de l’autre côté de Main Street.
— Un avantage que je n’ai pas, fit-elle remarquer d’une voix calme en courant presque pour se maintenir à sa hauteur tant il marchait vite. Si tu ne m’avais pas protégée, je serais dans un sale état. C’est douloureux, n’est-ce pas ? continua-t-elle, portant la main à la coupure sur le visage de Fox qui commençait à cicatriser. Tu souffres de la blessure, puis de la guérison. Je le sens, murmura-t-elle, les yeux baissés sur leurs mains jointes.
Comme il faisait mine de la lâcher, elle resserra son étreinte.
— Non, je veux savoir, souffla-t-elle.
Elle glissa un regard aux cadavres de corbeaux qui gisaient sur la grand-place, puis à la petite fille en larmes dans les bras de sa mère.
Inspirant un grand coup pour se donner du courage, elle leva les yeux vers Fox.
— Ça m’horripile de l’admettre, mais tu as raison. Je ne serai d’aucune aide si je n’accepte pas ce qui est en moi, et si je refuse d’apprendre à l’utiliser. Fini de se voiler la face.


L'extrait :
l était à la fois le pont et l’ancre. Elle comprendrait plus tard qu’il avait la capacité de lui offrir l’un et l’autre.
Lorsqu’elle traversa le pont, Fox était à ses côtés. Elle sentait la pluie sur son visage, le sol sous ses pieds. L’odeur de la terre et de l’herbe mouillées, et même de la pierre, montait à ses narines. Elle percevait un bourdonnement sourd et régulier. Avec un pincement de crainte mêlée de respect, elle réalisa que c’était le bruit de la végétation en pleine croissance. La nature tendue tout entière vers le printemps et le soleil.
Elle perçut le bruissement léger des ailes d’un oiseau et les mouvements furtifs d’un écureuil escaladant une branche.
Quelle révélation, songea-t-elle, de découvrir qu’elle faisait partie de ce tout, depuis toujours et à jamais. Ce qui croissait et respirait. Ce qui vivait et mourait.
Bercée par ces réflexions, elle se laissait emporter de l’autre côté du pont.
La douleur fut aussi soudaine que brutale, une déchirure d’une violence inouïe qui lui lacéra le cerveau, le cœur, les entrailles. Intolérable, la souffrance lui arracha un cri et, à la même seconde, elle entrevit le livre. Juste un flash et déjà il s’était évanoui, la douleur avec, la laissant faible et en proie au vertige.
— Désolée, je l’ai perdu.
Ses jambes se dérobèrent sous elle. Gage la rattrapa sous les aisselles.
— Doucement, ma belle. Cybil.
— C’est bon, je la tiens. Appuie-toi sur moi une minute, Layla. Tu as l’air d’avoir fait un mauvais trip.
— J’entendais les nuages bouger et le jardin pousser. Ça faisait comme un bourdonnement. Les fleurs bourdonnent en terre, tu te rends compte ? Bon sang, j’ai l’impression d’être...
— Défoncée ? suggéra Quinn. C’est effectivement l’impression que tu donnes.
— Ça doit être à peu près comparable. Dis donc, Fox, est-ce que tu...
Layla s’interrompit net quand elle réussit à accommoder. Il était à genoux sur les graviers trempés, flanqué de ses amis accroupis. Il y avait du sang sur sa chemise.
— Mon Dieu, que s’est-il passé ?
D’instinct, elle voulut explorer son esprit, mais se heurta à un mur. Elle trébucha jusqu’à lui, s’accroupit.
— Tu es blessé. Tu saignes du nez.
— Ça ne serait pas la première fois. Ras le bol, je venais juste de laver ce stupide sweat-shirt. Donnez- moi un peu d’air. Juste un peu d’air.
Il tira un bandana de sa poche et le pressa contre son nez, tandis qu’il s’asseyait sur les talons.
— Ramenons-le à l’intérieur, proposa Quinn, mais Fox secoua la tête, puis plaqua sa main libre contre son crâne, comme pour l’empêcher de tomber.
— Laisse-moi souffler une seconde.
— Caleb, va lui chercher de l’eau. Essayons le truc de ta mère, Fox, intervint Cybil qui se plaça derrière lui. Respire bien.
Elle localisa les points et exerça une pression.
— Dois-je te demander si tu es enceinte ?
— Le moment est mal choisi pour me faire rire. Pas la grande forme.
— Pourquoi est-ce pire pour lui que pour Quinn ? voulut savoir Layla. La réaction était censée être moins forte vu que nous étions à deux. Tu sais pourquoi, n’est-ce pas ? demanda-t-elle à Gage avec un regard féroce. Dis-le-moi.
— Étant un O’Dell, il t’aura fait un rempart de son corps et pris le coup de plein fouet. Enfin, c’est mon hypothèse. Et du fait de votre lien, le coup a été d’autant plus méchant.
Furieuse, Layla se tourna vers Fox.
— C’est vrai ? J’écoute les nuages et toi, tu t’en prends plein la figure ?
— Ton visage est plus beau que le mien. Légèrement. Tu peux te taire une minuté ? Pitié pour le blessé.
— Ne recommence plus jamais ça, compris ? Plus jamais. Promets-le-moi ou je laisse tomber.
— Je n’aime pas les ultimatums, maugréa Fox avec une lueur de colère qui perça dans son regard rendu vitreux par la douleur. En fait, ils me gonflent.
— Tu sais ce qui me gonfle, moi ? Que tu ne m aies pas fait confiance pour assumer ma part !
— Ça n’a rien à voir avec la confiance. Merci, Cybil, ça va mieux.
Il se leva avec précaution, prit le verre d’eau que Caleb lui tendait et le vida d’un trait.
— Ils sont enveloppés dans une toile huilée, derrière le mur sud. Je n’ai pas vu combien. Deux, peut-être trois. Tu sais où sont les outils, Caleb. Je reviens vous aider dans une minute.
Fox rentra dans la maison et parvint à gagner les toilettes qui jouxtaient la cuisine juste avant de vomir comme après une cuite de deux jours. L’estomac et le crâne en compote, il se rinça le visage et la bouche, puis s’appuya au lavabo le temps de reprendre son souffle.
Lorsqu’il ressortit, Layla l’attendait dans la cuisine.
— Nous n’en avons pas fini.
— Tu veux la bagarre ? On verra plus tard. Pour l’instant, nous avons du boulot.
— Je ne ferai rien tant que tu ne m’auras pas donné ta parole de ne plus me protéger.
— Impossible. Je ne donne ma parole que lorsque je suis sûr de pouvoir la tenir, répliqua Fox qui se retourna et entreprit de fouiller dans les placards. Rien que des saloperies holistiques. Pourquoi n’y a-t-il jamais d’aspirine dans cette baraque ?
— Tu n’avais pas le droit...
— Poursuis-moi en justice. Je connais quelques bons avocats. Écoute, Layla, j’ai encaissé le coup parce que je savais qu’il serait violent. Je l’ai fait pour toi, pour nous. Je n’allais pas te laisser souffrir si je pouvais l’empêcher, et je ne vais pas te promettre de rester les bras ballants si jamais ça recommence.
— Si tu penses que parce que je suis une femme, je suis plus faible, moins capable, moins...
Fox se tourna vers elle, blanc comme un linge. Même la colère ne parvenait pas à lui redonner des couleurs.
— Bon sang, ne commence pas à agiter le drapeau féministe. Tu as rencontré ma mère, non ? Ton sexe n’a rien à voir là-dedans  – sauf que j’en pince pour toi, ce qui, vu mes préférences sexuelles, ne serait pas le cas si tu étais un homme. J’ai survécu. Bon, d’accord, j’ai mal au crâne, le nez qui saigne et j’ai perdu mon petit-déjeuner  – plus le dîner, et sans doute aussi un ou deux organes. Mais à part le fait que je me damnerais pour une aspirine et un Coca, je m’en sors bien. Alors si tu veux monter sur tes grands chevaux, libre à toi, mais pour une bonne raison.


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Laissez vos commentaires