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La Passe-Miroir, Livre 1 : Les fiancés de l'hiver de Christelle Dabos



Ecoute moi bien, fille...
Tu es la personnalité la plus forte de la famille, ma petite. Oublie ce que je t'ai dit la dernière fois. Je te prédis que la volonté de ton mari se brisera sur la tienne.




Sous son écharpe élimée et ses lunettes de myope, Ophélie cache des dons singuliers : elle peut lire le passé des objets et traverser les miroirs. Elle vit paisiblement sur l'arche d'Anima quand on la fiance à Thorn, du puissant clan des Dragons. La jeune fille doit quitter sa famille et le suivre à la citadelle, capitale flottante du Pôle. A quelle fin a-t-elle été choisie ? Pourquoi doit-elle dissimuler sa véritable identité ? Sans le savoir, Ophélie devient le jouet d'un complot mortel. 
 


Christelle Dabos est née en 1980 sur la Côte d’Azur et a grandi dans un foyer empli de musique classique et d’énigmes historiques. Plus imaginative que cérébrale, elle commence à gribouiller ses premiers textes sur les bancs de la faculté. Installée en Belgique, elle se destine à être bibliothécaire quand la maladie survient. L’écriture devient alors une évasion hors de la machinerie médicale, puis une lente reconstruction et enfin une seconde nature. Elle bénéficie pendant ce temps de l’émulation de Plume d’Argent, une communauté d’auteurs sur Internet. C’est grâce à leurs encouragements qu’elle décide de relever son tout premier défi littéraire : s’inscrire au Concours du Premier roman jeunesse. Grande lauréate parmi les trois finalistes, Christelle Dabos écrit actuellement le troisième livre de La Passe-miroir.



Lecture finie



J'entendais parler de ce livre depuis des semaines. A chaque fois, il bénéficiait d'une très bonne critique et c'est clairement cela qui m'a poussé à lire ce livre.



Phélie est une jeune fille aux dons particuliers qui lui permettent de lire l'histoire de certains objets. Elle vit une vie paisible dans un musée et son bonheur n'a besoin de rien d'autre. Mais voilà qu'elle se retrouve mariée à un sauvage du Pôle sans qu'elle sache vraiment pourquoi.



Chrsitelle Dabos propose un univers singulier servi par une plume qui l'est tout autant. Elle a un très beau style qui m'a fait pensée à certains moments à Alessandro Barrico qui est un des mes auteurs favoris.

Pourtant tout ça est très beau (et je ne vous parle pas de la couverture qui est magnifique) mais je suis restée hermétique à toute cette beauté. D'ailleurs, je vous dirais que je je ne comprends. J'ai déjà eu cette sensation en lisant cretains livres. Je voyais que le style, l'intrigue, les personnages tout ce qui faisaient l’essence du roman était là. Tout était réussi... mais le tout ne me touchait pas.

Pourtant c'est ce que je recherche dans ma lecture : être captivé.



- Bref -

Une belle lecture mais la magie n'aura pas opéré sur moi.



Vous avez du sang sur votre main, dit-il.

Hébétée, Ophélie contempla son gant de liseuse. Il lui fallut plusieurs battements de paupières avant de comprendre ce que ce sang faisait là. Elle se déganta et palpa sa joue. Elle sentit sous ses doigts les contours d’une plaie à vif. Thorn ne l’avait pas remarquée à cause de la livrée de Mime ; cette illusion absorbait tout – taches, lunettes, grains de beauté – sous une peau parfaitement neutre.

C’est votre sœur, dit Ophélie en remettant son gant. Elle n’y est pas allée de main morte.

Thorn déploya ses longues jambes d’échassier et redevint déraisonnablement grand. Tous ses traits s’étaient contractés comme des lames de rasoir.

Elle vous a attaquée ?

Tout à l’heure, à la réception. Je ne lui ai pas libéré le passage assez vite.

Thorn était devenu aussi blême que ses cicatrices.

Je ne savais pas. Je ne m’en suis pas rendu compte…

Il avait soufflé ces mots d’une voix à peine audible, presque humiliée, comme s’il avait failli à son devoir.

Ce n’est rien, assura Ophélie.

Montrez-moi.

Ophélie sentit tous ses membres se crisper sous sa livrée de valet. Se déshabiller dans cette salle d’attente glaciale, juste sous le grand nez de Thorn était la dernière chose dont elle avait envie.

Je vous dis que ce n’est rien.

Laissez-moi en juger.

Ce n’est pas à vous d’en juger !

Thorn considéra Ophélie avec stupeur, mais elle fut la plus étonnée des deux. C’était la première fois de sa vie qu’elle haussait ainsi le ton.

Et qui donc, sinon moi ? demanda Thorn d’une voix tendue.

Ophélie savait qu’elle l’avait froissé. Sa question était légitime ; un jour, cet homme serait son mari. Ophélie inspira profondément pour apaiser les tremblements de ses mains. Elle avait froid, elle avait mal et, surtout, elle avait peur. Peur de ce qu’elle s’apprêtait à dire.

Écoutez, murmura-t-elle. Je vous suis reconnaissante de vouloir veiller sur moi et je vous remercie pour le soutien que vous m’avez apporté. Il y a toutefois une chose que vous devez savoir à mon sujet.

Ophélie se fit violence pour ne pas se dérober aux yeux perçants de Thorn, deux têtes plus haut.

Je ne vous aime pas.

Thorn demeura les bras ballants pendant de longues secondes. Il était absolument inexpressif. Quand enfin il se remit en mouvement, ce fut pour tirer sur la chaîne de sa montre, à croire que l’heure avait soudain pris une extrême importance. Ophélie n’éprouva aucun plaisir à le voir ainsi, figé contre son cadran, les lèvres tirées en un pli indéfinissable.

Est-ce à cause de quelque chose que je vous aurais dit… ou que je ne vous aurais pas dit ?


Thorn avait demandé cela avec raideur, sans détacher ses yeux de sa montre. Ophélie s’était rarement sentie aussi mal au fond de ses souliers.

Ce n’est pas votre faute, souffla-t-elle dans un filet de voix. Je vous épouse parce qu’on ne m’a pas laissé d’autre choix, mais je ne ressens rien pour vous. Je ne partagerai pas votre lit, je ne vous donnerai pas d’enfants. Je suis désolée, chuchota-t-elle encore plus bas, votre tante n’a pas choisi la bonne personne pour vous.

Elle sursauta quand les doigts de Thorn refermèrent le couvercle de sa montre. Il plia son grand corps sur un banc que la chaleur du poêle avait commencé à dégivrer. Sa figure, pâle et creusée, n’avait jamais été aussi vide d’émotions.

Je suis désormais en droit de vous répudier. En avez-vous conscience ?

Ophélie acquiesça avec lenteur. Par cet aveu, elle avait remis en question les clauses officielles du contrat conjugal. Thorn pouvait la dénoncer et se choisir une autre femme en toute légitimité. Quant à Ophélie, elle serait déshonorée à vie.

Je voulais vous parler en toute honnêteté, balbutia-t-elle. Je serais indigne de votre confiance si je vous mentais sur ce point.

Thorn fixa ses mains, appuyées l’une à l’autre, doigts contre doigts.

Dans ce cas, je ferai comme si je n’avais rien entendu.

Thorn, soupira Ophélie, vous n’êtes pas obligé…

Bien sûr que je le suis, la coupa-t-il d’un ton cassant. Avez-vous la moindre idée du sort qu’on réserve aux parjures, ici ? Croyez-vous qu’il vous suffit de présenter des excuses à moi et à ma tante, puis de rentrer chez vous ? Vous n’êtes pas sur Anima.

Gelée jusqu’aux os, Ophélie n’osait plus bouger, plus respirer. Thorn observa un long silence, le dos voûté, puis il redressa son interminable colonne vertébrale pour la regarder en face. Ophélie n’avait jamais été aussi impressionnée par ces deux yeux d’épervier qu’en cet instant.

Ce que vous venez de me dire, ne le répétez à personne si vous tenez à votre peau. Nous allons nous marier comme convenu, et après, ma foi, ça ne regardera que nous.

Quand Thorn se leva, toutes ses articulations craquèrent à l’unisson.

Vous ne voulez pas de moi ? N’en parlons plus. Vous ne souhaitez pas de marmots ? Parfait, je les déteste. On jasera ferme dans notre dos et puis tant pis.

Ophélie était abasourdie. Thorn venait d’accepter ses conditions, si humiliantes fussent-elles, pour lui sauver la vie. Elle se sentit tellement coupable de ne pas répondre à ses sentiments qu’elle en avait la gorge nouée.

Je suis désolée…, répéta-t-elle piteusement.

Thorn abaissa alors sur elle un regard métallique qui lui donna l’impression qu’on lui plantait des clous dans le visage.

  • Ne vous excusez pas trop vite, dit-il avec un accent encore plus dur qu’à l’accoutumée. Vous regretterez bien assez tôt de m’avoir comme mari.